Je relaie ici un article du Président d’Île de France Environnement paru en septembre 2013.

Encore un dossier oublié dans les cartons gouvernementaux de la transition énergétique.

Le coût économique et environnemental de l’avion


Les trois grands aéroports franciliens ont reçus 83,6 millions de passagers, dont 37,4 millions de passagers internationaux et près de 2,4 millions de tonnes de fret. Cette intense activité économique et sociale, 30 milliards d’euros et 2 % du salariat français, a son revers. La consommation énergétique de l’aviation francilienne, plateformes aéroportuaires comprises, est du même ordre de grandeur que l’ensemble du transport routier soit 57,45 térawatts-heure pour l’aviation contre 63,6 pour la route. La production de CO2 des avions est semblable
à celle de la route mais leur production d’oxydes d’azote est beaucoup plus importante car ceux-ci sont non catalysables.

Le bruit des avions touche près du quart de la population et lui fait courir des risques sanitaires importants : hypertension, insomnies... Il diminue la valeur des logements situés sous les couloirs aériens.
La circulation automobile et le trafic aérien ne sont pas à égalité : les conducteurs paient des taxes importantes sur le carburant alors que le kérosène est détaxé.
L’importation massive de produits fragiles, à consommer rapidement ou à haute valeur ajoutée, pénalise les productions françaises. En 1960, le fleuriste francilien vendait les roses de Seine-et-Marne voire de Hollande...Beaucoup de producteurs locaux ont disparu, tués par les importations de roses du Kenya et de haricots vert du Maroc. La politique d’aides au transport n’a pas pris en compte le coût environnemental de l’ensemble de la chaîne productive. Les transferts massifs de population favorisent la transmission des pathologies microbiennes et donc accroissent les risques d’épidémie. En moins de 70 ans, le tourisme de classe, réservé aux plus fortunés, s’est transformé en tourisme de masse : un secteur économique en pleine croissance. Le tourisme de masse se confronte, dès à présent, à la notion de tourisme « environnementalement » soutenable. Peut-on continuer indéfiniment en imaginant que l’argent dépensé par le touriste favorisera spécifiquement les populations rencontrées ? Le voyageur moderne consomme en une journée l’énergie que l’explorateur dépensait en plusieurs mois et ne relate plus ses exploits par une longue écriture mais par des tweets ou des SMS...

Sommes-nous passéistes et antimodernistes ?

Le tourisme de masse est une création artificielle de l’économie qui risque de nous entrainer vers des désordres écologiques bien plus graves que les « subprimes » de 2008. Alors qu’il faudrait freiner nos dépenses énergétiques, le transport aérien les accroît. Une solution, bien entendu, existe qui consisterait à mettre tous les types de déplacements à égalité de charge non seulement économique mais aussi environnementale. Le Francilien paie pour sa consommation d’eau potable, dans combien de temps faudra-t-il qu’il paie pour respirer un air dépourvu de produits toxiques ?


Michel Riottot
président d’IDFE