Monsieur le Commissaire,
Le projet qui nous est soumis vise l'aménagement des berges de Seine et la définition du format de la voirie départementale longeant la Seine entre Issy-les-Moulineaux et Sèvres.
Vous trouverez ci dessous les remarques que je souhaite faire dans l'esporir d'obtenir un aménagement réussi, durable et adapté aux attentes des populations et respectueux des générations futures.
De façon générale
Le besoin de zones de nature dans le Val de Seine étant important compte tenu de la densité immobilière du secteur, il me semble essentiel de consacrer le maximum de la surface de l'ensemble de l'aménagement au traitement végétal des berges de Seine et le minimum restant à la circulation sur la RD7.
L'accès vers les berges doit être aisé et rapide pour les riverains ou promeneurs ce qui plaide pour une largeur routière la plus "fine" possible.
Concernant la gestion des berges.
En cette année 2010 de la biodiversité, il est nécessaire de rompre avec des techniques d'aménagement des berges consistant à séparer nettement le fleuve et ses berges via des techniques de génie civil particulièrement dépensières en béton et en énergie.
La faune et la flore du territoire doivent être remis au coeur des aménagements des berges via des techniques de génie végétal encore insuffisamment présentes dans le projet proposé par le Conseil général.
Les matériaux utilisés devront être naturels tel le bois dont les diverses essences permettent de donner un aspect végétal agréable au site tout en répondant aux exigences mécaniques les plus sévères, y compris en milieu humide ou aquatique (bois de classe 4).
Concernant la route départementale 7
Un vrai choix de développement durable
Malgré l'échec du sommet de Copenhague l'an passé, chacun est à présent amené à participer à une évolution de nos modes de production, de consommation et de mode de transport afin de réduire notre production de gaz à effet de serre. Selon les spécialistes, il nous faut agir vigoureusement dans les dix ans pour éviter des catastrophes climatiques extrêmes par la suite.
Les accords à venir, celui de Kyoto, la loi sur l'air, le plan des déplacements urbains d'ile-de-France militent pour une baisse du trafic routier dans les pays riches.
A cette fin, les collectivités engagent, avec le soutien des populations, des projets variés de transports en commun pour mailler au mieux les territoires mais les besoins restent très importants et les budgets non extensibles. Le projet routier ici envisagé doit être le moins onéreux possible car financièrement, ce qui va à la route n'ira pas aux transports en commun.
Afin de tenir compte d'une hausse potentielle de déplacements le long de ces quais de Seine, il est à souligner que le tramway T2 qui jouxte la RD7 peut, de l'avis même de la RATP, voir sa capacité augmenter significativement( jusqu'à 100%), sous réserve des financements appropriés.
Engorgement de la circulation et nombre de voies.
Un des arguments du Conseil général pour défendre son projet de 2x2 voies est l'encombrement des voies actuelles en heures de pointe. Pourtant, tout expert en flux routier fera remarquer que la saturation des axes est liée au nombre d'intersections (stop, feux etc.) et au nombre de voies aux intersections, jamais au nombre de voies en section courante.
C'est d'ailleurs en s'appuyant sur ce principe que le Conseil général des Hauts de Seine a lui même engagé le projet de redimensionnement de la voie départementale RD906 entre Châtillon et la rue du pavé blanc à Clamart pour permettre l'installation du tramway T6 en 2012. La RD906 initialement à 2x2 voies va passer en 2x1 voie en section courante sur la quasi totalité de son linéaire, les intersections étant elles, maintenues à 2x2 voies pour écouler le trafic routier.
L'augmentation du nombre de voies pour garantir un débit important n'est donc pas recevable.
Du meilleur usage de l'espace public
Comment escompter régler les problèmes de transport dans un département d'un million et demi d'habitants en comptant sur l'automobile dont l'occupation au sol est en moyenne de 25 m² par personne transportée ?
Effet collatéral de cette opération routière, de très nombreux logements jouxtant la RD7 ont été détruits au lieu d'être rénovés.
Du fait d'un besoin important de déplacements et de l'impossibilité de dégager des surfaces routières suffisantes, l'automobile n'est pas le mode de transport adapté à une zone où la densité de population est importante.
Vitesse des véhicules
La baisse de la vitesse des véhicules est une exigence permettant de reduire les pollutions locales, le bruit et les risques d'accidents.
Hors des heures de pointe où la vitesse des véhicules est faible du fait du trafic, la vitesse des véhicules est souvent proportionnelle à la largeur de voie. Ainsi, une double voie dans chaque sens serait de nature à inciter à une augmentation de la vitesse des véhicules. A l'inverse, les expérimentations visant à réduire la largeur de voie amène une baisse des vitesses (effet de paroie), ce qui me semble souhaitable et réalisable via le choix d'une file de circulation par sens.
De plus, la vitesse des véhicules devra être limité à 30km/h.
Bruit
Si le débit routier n'est pas affecté par le nombre de voies en section courante, il n'en est pas de même pour le bruit du fait d'un plus grand nombre de véhicules stockés sur la chaussée en heures pleines et aux vitesses des véhicules.
La lutte contre le bruit est une exigence car les études auprès des populations montrent combien cette nuisance est source de stress et de mal vivre. Ici encore, un profil d'aménagement de faible largeur comportant une file de circulation par sens est de nature à créer moins de nuisance sonores, d'une part, du fait des vitesses moins élevées comme précisé ci-dessus, et d'autre part, du fait d'une réverbération sonore inférieure si la surface de voirie est plus faible.
De plus, l'enrobé bitumineux choisi pour la voirie routière devra être à faible facteur de bruit de roulement.
Pollution locale et santé
Les pollutions locales liées aux hydrocarbures brulés par les déplacements routiers sont une source importante de maladies respiratoires, cardio-vasculaires et allergiques qui touchent particulièrement les personnes fragiles (enfants, personnes âgées, asthmatiques ..). Au delà des enjeux de lutte contre les changements climatiques, il est essentiel de minimiser les déplacements routiers et le nombre de véhicules en circulation compte tenu des risques d'exposition quotidienne à un air pollué pour les populations locales ou les automobilistes eux mêmes.
Afin de limiter cette pollution locale de l'air proportionnelle au nombre de véhicules en fonctionnement en un lieu donné, et donc proportionnelle à la surface de voirie 'occupable', il est souhaitable de donner la priorité à un gabarit fin à une file de circulation par sens.
Circulations des cyclistes
Le choix des types d'aménagements cyclables doit être guidé par un regroupement selon les vitesses et les attentes des usagers.
Les cyclistes peuvent être classés selon plusieurs catégories liées aux types de déplacements. Sport, déplacements de loisirs (souvent sous forme familiale) et déplacements utilitaires (courses, trajets domicile travail, spectacle en soirée etc...).
L'attente des cyclistes "loisir" est un aménagement sécurisé, éloigné de la circulation, permettant de profiter d'une balade en plein air à vitesse lente, sans contrainte de temps de déplacement.
Pour répondre à ce besoin, la promenade piétonne pourra être autorisée aux vélos à vitesse lente; là où cela est possible, dans une logique de cohabitation douce entre piétons et cyclistes de loisir.
L'attente des cyclistes "utilitaires" est un trajet direct, identifié par les automobilistes, comportant le minimum d'arrêts, de chicanes ou de relief de chaussée.
Afin de prendre en compte de cette demande grandissante, la réalisation d'une bande cyclable de 1,2 m de largeur de part et d'autre de la chaussée est la solution la plus adaptée. Elle est demandée par les associations spécialisées : FUBICY; MDB.
Elle est retenue par le Conseil général dans de nombreux cas car elle permet une cohabitation douce et sécurisée avec le flux automobile tout et marquant clairement la zone de chacun dans le but de créer des habitudes et des repères pour ces usagers réguliers.
Traversée des piétons
L'accès des piétons aux berges doit être prioritaire via des passages piétons régulièrement implantés sur l'itinéraire. Afin de sécuriser ces traversées, il serait judicieux de mettre en place des feux tricolores munis de boutons d'appel pour piétons dont le temps de réponse sera le plus court possible.
Lorsqu'aucune demande de traversée piétonne n'est enregistrée, les feux tricolores peuvent rester au vert.
Impact sur les communes limitrophes
Élu de la ville de Clamart, j'ai eu l'occasion de discuter avec des automobilistes "en transit" issus de zones sud ouest de l'île-de-France et rejoignant les quais de Seine (Boulogne-Billancourt, Issy-les-Moulineaux). Plusieurs d'entre-eux m'ont dit être tentés de ne plus utiliser la voie rapide d'accès (N118) et envisager de rallier les quais de Seine par Clamart/Issy les Moulineaux/bas Meudon.
Ce nouveau flux de transit potentiel existe. Il est susceptible de créer des nuisances dans certains quartiers clamartois (quartier Percy-Schneider notamment) alors que la ville tente justement de limiter ce flux de transit dans des quartiers non adaptés à celui-ci.
Pour cette raison, en décembre 2009, le conseil municipal de Clamart a émis un avis négatif quant à l'élargissement routier envisagé par le Conseil général des Hauts-de-Seine.
Accepter de changer
Ce paragraphe sort de la liste des arguments formels. Je tiens pourtant à le compléter pour signaler combien les vieux élus majoritaires de ce département me semblent incapables d'envisager une autre priorité que l'extension du mode routier qu'ils ont toujours soutenu.
Ce projet date de plusieurs dizaines d'années...
A l'heure où les générations qui subiront nos errements en matière gestion des ressources fossiles ne sont pas encore en âge de voter, ceux qui ont participé à nous conduire droit dans le mur sont toujours à la tête de collectivités puissantes, toujours convaincus de leurs vielles recettes, toujours prêts à adapter la ville à la voiture, toujours incapables d'avouer, y compris à eux mêmes, que le monde a changé et qu'il faut faire autrement.
Pour l'ensemble des raisons évoquées ci-dessus,
- Je demande une meilleure prise en compte des techniques de génie végétales et l'usage massif du bois pour l'aménagement des espaces verts des berges.
- J'émets un avis défavorable concernant le projet routier de 2x2 voies du département.
- Je demande la mise en œuvre du projet de 2 x 1 voie + 1 bande cyclable dans chaque file de circulation soutenus par les associations et largement plébiscité lors de l'étude préalable.
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